BD X : La Pharmacienne par Esparbec, Igor & Boccère

La Pharmacienne est un roman pornographique mythique du prolifique Esparbec. Igor et Boccère, qui forment une seule et unique personne notamment connue pour la série Chambre 121, ont décidé de transposer en dessin l'œuvre de leur confrère spécialisé dans la prose littéraire trempée dans la cyprine.

Celui qui n'a pas lu les 300 pages du roman qui inspire cette bande dessinée ne sera pas perdu tant l'adaptation dessinée en restitue fidèlement la trame et les personnages. La narration se déroule ici dans une ville de Province où Laura Desjardins est une pharmacienne bien sous tous rapports. Emploi stable et socialement estimé, la gérante de l'officine a sous le crayon de l'auteur ce petit quelque chose du cliché de la MILF qui cache bien son jeu. Laura donne effectivement tout ce qu'elle a une fois dans l'intimité. Mais ne vous méprenez pas : elle n'est pas du genre à niquer tout ce qui bouge. Son plaisir ultime se trouve dans son postérieur qu'elle aime voir fessé ou profondément visité. Pour cela, elle est en ménage avec un homme qui la satisfait pleinement : Beau'p.

Il est donc inutile pour elle d'aller voir ailleurs. Beau'p est absolument concentré sur le cul de sa rombière. Seul lui sait que Laura devient une autre personne lorsqu'il s'agit d'être soumise et d'en prendre plein les fesses après s'être exhibée sous tous les angles. Même la fille de Laura, jeune étudiante en faculté et vivant dans une chambre un étage au-dessus de sa mère et Beau'p, ne sait rien de tout cela. De toute façon, elle aussi est concentrée sur sa sexualité. Sans le savoir, elle partage avec sa mère une passion pour la sodomie et choisit soigneusement lequel de ses copains de faculté qu'elle suce aura le droit de la pénétrer. Surnommée Bébé, la benjamine de l'histoire est toute concentrée à sa tâche gourmande, dont elle ignore l'aspect héréditaire. Elle n'est pas l'objet d'une tournante, c'est plutôt elle qui fait tourner ses copains de fac, goûtant a minima le gland de chacun. Avec une petite pointe de pudeur et de conscience dans son comportement : refuser tous les rapports vaginaux afin de garder sa virginité.
Après le travail, Laura se soumet à un homme au langage châtié


Beau'p, qui est la caricature pure et franche du salopard ultime ignore tout de la vie que mène Bébé. Il est concentré à sa tâche, c'est à dire celle du parasite qui utilise sa queue et la nymphomanie de sa compagne pour garder une situation enviable tout en se vidant plusieurs fois par jour. Jusqu'au jour où il surprend la fille de Laura en plein acte. Et là, inutile de vous faire un dessin, c'est tellement attendu que vous l'avez vu venir à dix kilomètres : tout dérape. Beau'p n'en a plus assez avec la mère, il veut aussi se faire la fille. Pour cela, il n'hésite pas à user du chantage. Un vrai salopard je vous dis.

Tout cela prend des allures de vaudeville. L'éditeur (Dynamite) ne s'en cache d'ailleurs pas. Sur le quatrième de couverture de l'album, il affiche en caractère gras la promesse suivante : "Une famille débauchée dans un vaudeville d'une rare intensité érotique". Le terme famille est un peu abusif. Il s'agit ici de famille recomposée, et encore, cette notion tient uniquement dans l'intérêt suprême de Beau'p. S'il y a bien un lien de parenté entre Laura et Bébé, le terme foyer serait plus approprié que celui de famille. Quant au mot "érotique", il est complètement inopportun. Même le mot pornographie ne serait pas assez juste tant ici, ce sont les interdits qui prennent le dessus. Avec en premier lieu celui des relations incestueuses à la limite de la pédophilie. Certes, Bébé est majeure. Mais pour reprendre le commentaire d'un lecteur sur Amazon : tout cela est terriblement sinistre. Les fantasmes développés dans ce huis-clos auraient très bien eu leur place dans les chroniques sociales d'une autre époque. Un Maupassant au sommet de sa perversion s'y retrouverait peut-être. La Bulle X non.

Bébé dans ses œuvres. Cela vous étonnera peut-être, mais à ce moment-là de l'histoire, elle est encore naïve.


Difficile de faire plus glauque que le récit de cet album donc. La couverture, adaptation de celle du roman d'Esparbec, est plutôt aguicheuse. La Mother I Like to Fuck au cul superbe qu'est Laura Desjardins a du potentiel, notamment révélé dans l'une des rares scènes vraiment excitante de l'album : celle de l'exhibitionnisme dans la vitrine de son officine de pharmacienne. Le dessin et les couleurs sauvent également l'histoire d'un naufrage grisâtre digne des clichés sur la sexualité consanguine du Nord de la France. Mais pour le reste... En plus de toucher à des interdits pas franchement désirables, la mentalité des personnages et leurs répliques ne relèvent pas le niveau. Igor et Boccère cultive un scénario duquel le lecteur peut facilement ressortir avec l'impression d'être sali. Si, comme dans Chambre et Suite 121, le coup de crayon est maître dans l'art de sublimer les sentiments salaces et l'abandon au plaisir, les quelques bonnes pistes telles que la soumission de Laura ou la surprise de Bébé à découvrir qu'elle ne peut pas toujours maîtriser son excitation sont gommés par des scènes franchement gênantes et un maître chanteur dont le seul résidu d'intelligence réside dans son art de la manipulation. Le choix d'un personnage aussi outrancier sert sûrement la volonté perverse et taboue du récit. Mais ce parti pris, dénué d'humanité chez ses personnages masculins et réduisant ses personnages féminins à la nymphomanie pure et dure, fait de La Pharmacienne une fausse promesse. Un ouvrage dispensable qui se pare des détails de chronique sociale pour encenser une sexualité malsaine. Un niveau de perversion que ce blog ne valide pas. Igor Boccère est plus inspiré lorsqu'il tient le scénario. De quoi l'encourager à revenir rapidement à des exercices tels que l'excellent Chambre 121 qui est tout aussi audacieux (notamment la suite de la série, Suite 121) en étant bien plus amusant, fin et respectueux.

Ma note : 7.5/20

Grille de notation et détail :

  • Dessin : 3/4 (Du Igor et Boccère pur jus : un trait qui n'est pas générique mais qui reste réaliste, et surtout qui sait parfaitement rendre le plaisir, qu'il soit salace ou joyeux)
  • Scénario et dialogues : 1/4 (Une ou deux scènes ainsi que l'atmosphère de huis-clos sauvent La Pharmacienne du zéro pointé)
  • Originalité : 2/4 (L'interdit de l'inceste avec lequel flirte l'album, ainsi que la façon de planter le décor font de La Pharmacienne un album à part. Reste à cautionner le genre, ce qui ne sera pas le cas ici.)
  • Excitation : 0.5/4 (De l'excitation ? Non, plutôt un sentiment de gêne quasi constant)
  • Durée de vie : 1/4 (La couverture et quelques planches ou situations cocasses resteront en mémoire de façon positive. De là à y trouver une délectation suffisante pour ressortir l'album ? N'y comptez pas)

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